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Du 18 Septembre au 4 Octobre 2026
Festival Musica
Festivals
- Strasbourg
Du 18 septembre au 4 octobre 2026, Musica affirme une création musicale qui ne se tient pas à distance du monde. Les artistes invités à Strasbourg en saisissent les tensions, les fractures et les désirs. Les formes qu’iels donnent à entendre, à voir et à partager ne se bornent pas à témoigner d’une crise politique, sociale et culturelle : elles en portent les traces, en déplacent les perceptions et cherchent les moyens d’y résister. Le festival défend ainsi une culture exigeante, curieuse et ouverte, qui ne renonce ni à l’invention, ni à l’intelligence, ni à la critique, ni au plaisir d’une relation vivante avec les publics.
Cette édition se construit comme une polyphonie de prises de parole, chacune sous sa propre bannière. Dès l’ouverture, Gabriel Kahane en offre l’un des visages les plus nets : dans Book of Travelers et Elevator Songs, il recueille des rencontres furtives, des existences suspendues et des scènes ordinaires pour dessiner, du voyage en train à l’hôtel imaginaire, le portrait d’une Amérique fissurée — avec l’énergie chorale saisissante de Roomful of Teeth. Le festival fait aussi se rencontrer des paroles venues d’horizons distincts, appelées à se compléter et même parfois s’hybrider. Écrit, composé et mis en scène par Jennifer Walshe et Philip Venables, The Alonetimes en est le meilleur exemple : les univers des deux compositeur·ices se croisent dans une forme inclassable où récits d’amour, confidences intimes et malentendus deviennent matière chorale. Héritier d’une forme fondée sur la pluralité des voix, ce madrigal contemporain où le personnel devient affaire commune — et donc, déjà, matière politique — est un emblème du festival.
De la voix intérieure à la voix devenue physique, puis collective, se dessine le mouvement général de cette 44e édition. Dans ses pièces données en création, la compositrice guadeloupéenne Alyssa Regent met en jeu le doute, le désir d’affirmation et la recherche d’apaisement. Cora, personnage central de l’opéra The Curing Line de Michael Gallen, porte un don ancestral qu’elle ne parvient plus à transmettre : autour d’elle, le chant traditionnel irlandais sean-nós, les instrumentistes et le chœur cherchent à réinventer le soin comme geste commun. Nourri par l’album Homogenic de Björk, Liesa Van der Aa dévoile un versant plus brutal dans Hunter : huit chanteuses prises dans une mécanique de groupe où la discipline et la performance menacent de faire basculer le collectif vers l’épuisement. Avec Crabe Chorus et Aman silaT, Violaine Lochu déploie quant à elle un projet à plusieurs visages — exposition, installation, performance et chants de protection — conçu avec des patient·es, des aidant·es et des soignant·es. L’expérience du cancer y cesse d’être confinée à la solitude pour devenir un lieu de partage, de mémoire et de réappropriation.
À travers ces œuvres, la voix n’est jamais seulement le véhicule d’un texte ou d’un chant. Elle devient action, relation, parfois conflit ; elle porte ce qui peine à trouver place dans le discours — désir, maladie, héritage, fatigue, peur — et le transforme en forme commune. C’est dans cet espace instable, où le langage se mesure au corps et à l’écoute des autres, que l’œuvre de Georges Aperghis prend une valeur de repère. Depuis plusieurs décennies, elle déplace les frontières entre musique, théâtre et parole, faisant de l’interprète moins un transmetteur qu’un inventeur de situations. Tell Tales, pour six voix et alto, en offre un exemple récent : une polyphonie sans centre ni hiérarchie, où les mots se décomposent en rythmes, timbres et gestes vocaux. La journée qui lui est consacrée le 30 septembre — concerts, film, rencontre — éclaire cette pensée de la composition qui remet sans cesse le langage en jeu. La parution de Composer avec langues, livre d’entretiens entre le compositeur et Stéphane Roth, en prolonge la réflexion (le 15 septembre aux Éditions MF).
Enfin, deux temps forts donnent à cette édition une dimension résolument politique : une programmation irlandaise et un temps fort sur la mouvance punk en Alsace. Conçue à l’occasion de la présidence irlandaise du Conseil de l’Union européenne, la « Prospective Irlande » est l’un des foyers majeurs du festival — du vendredi 25 au dimanche 27 septembre. Elle révèle une scène qui franchit naturellement les frontières esthétiques, des traditions vocales revisitées aux écritures contemporaines, du folk expérimental aux formes électroniques les plus aventureuses. Traversée par des histoires de lutte, de langues minoritaires et de désirs de transformation, elle se déploie dès le vendredi 25 septembre avec la grande soirée Irish Rising et la nuit de clubbing expérimental Stitch ’n’ Bitch, avant de se poursuivre le lendemain avec The Curing Line de Michael Gallen, présenté avec l’Opéra national du Rhin. Concerts, rencontres professionnelles et débat public autour du « Basic Income for the Arts » — principe d’un revenu universel pour les artistes adopté par l’Irlande en 2026 — prolongent cette invitation à penser les conditions concrètes de la liberté de création.
Sous le titre « Punk im Elsass : mémoire vivante d’une contre-culture », Musica et les Archives d’Alsace ne cherchent pas à ranger le punk sous vitrine. Des années 1970 à aujourd’hui, concerts, projection, rencontres, collecte d’archives et programmation étudiante rouvrent, symboliquement, les caves, les squats, les salles de fortune et les réseaux d’une scène alsacienne façonnée par le DIY, le bruit et l’autonomie. À la HEAR, l’événement archivistique « Archives immédiates du punk » pousse ce principe à l’extrême : une exposition montée en un jour à partir de fanzines, photos, badges ou souvenirs apportés par le public, puis démontée presque aussitôt. Moins une commémoration qu’une archive provisoire, construite dans le temps même de l’événement : du 1er au 4 octobre, à Strasbourg et à Mulhouse dans le cadre du festival Microsiphon.
De façon toujours aussi intense et directe, Musica met en lumière la création musicale à 360 degrés, de l’opéra au club, du concert à l’installation, du théâtre musical aux formes électroniques, de la musique expérimentale à l’avant-pop. Non pour additionner les esthétiques, mais pour les mettre en relation à travers les œuvres, les langages et les publics. Strasbourg devient ainsi pendant deux semaines le lieu d’une écoute ouverte et engagée, qui tient ensemble l’intime et le politique, la mémoire et l’invention, l’exigence et la récréation.