Le 12 Mars 2021

Diffusion télé de LA RONDE de Boris Charmatz
Danse & Cirque


  • France 5
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Diffusion télé de LA RONDE de Boris Charmatz

Note d’intention

 

Le Grand Palais est une cathédrale de la république. Il est aujourd’hui désert de toutes ses activités, mais le lieu vide parle encore, résonne encore de ses 120 ans, il me semble être un écrin gigantesque aux désirs les plus intimes.

Comme on ne peut passer abruptement du confinement à la foule, j’ai imaginé une ronde, La Ronde.
Arthur Schnitzler a écrit ce texte extraordinaire de couples enchaînés les uns aux autres au moment où se construisait le Grand Palais. En 1900, le lieu ouvre alors que Schnitzler publie à compte d’auteur son œuvre qui fera scandale, en raison de la thématique sexuelle… ou de la judaïtéé de l’auteur.

Fermeture autour de la figure du duo, et ouverture infinie de la chaîne qui déplace les corps, les transperce. Schnitzler dit crûment amour et sexe des personnages sociaux (la comédienne, le soldat, la prostituée, le comte…). Il invente un protocole du désir perméable, passé et transmis à l’autre, parfois dans la tension, dans l’absence de concordance.

La dramaturgie de ce livre est déjà une danse où les couples jamais ne se referment mais toujours rencontrent l’autre.
Le Grand-Palais est démesuré, il est difficile d’imaginer là une demi- mesure. Soit on peut y déclencher une tempête avec 6000 personnes en présence, soit le considérer comme un écrin et y déposer délicatement un joyau prosaïque :

une chaîne infinie de duos dansants, chantants, parlants. Toute une nuit.
Les corps bougent, se heurtent, s’embrassent, se quittent et pourtant restent, se lient dans l’espace mental, s’ancrent pour maintenir une continuité du vivant et du désir.

J’imagine une série de couples enchâssés, un paysage de duo dansants, parlants, chantants, avec des artistes hors-normes, qui se suspendent au temps pour entretenir ce foyer plusieurs heures durant.

Des morceaux iconiques sortis de l’Histoire (de Don Quichotte à Dirty Dancing en passant par Anne Teresa De Keersmaeker), des duos inventés pour l’occasion, des extraits de Schnitzler, des artistes qui ouvrent les sens et entraînent les visiteurs dans la nuit.

Une nuit dont la durée sera embrassée par tous, interprètes et public, dans un doux et long embrasement chorégraphique partagé jusqu’au petit matin.
Puis, avec le jour nouveau, le public sera invité à rejoindre un collectif de corps dans une tempête de gestes – isolés –.

Un échauffement XXL. Un gigantesque atelier pour tous. Une performance fugace, avant la clôture pour travaux. Quand même. Une explosion d’amour pour la clôture du Grand Palais.

Boris Charmatz, Juin 2020.

 

Captation réalisé le 16 janvier 2021 pour l’événement de clôture avant travaux du Grand Palais, Paris