Du 16 Avril au 17 Avril 2019

L’homme à tête de chou / GAINSBOURG / BASHUNG / GALLOTTA (recréation 2019)
Danse & Cirque


  • Printemps de Bourges
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L’homme à tête de chou / GAINSBOURG / BASHUNG / GALLOTTA (recréation 2019)

Il y a dix ans, Alain Bashung devait être sur scène, avec ses musiciens, aux côtés de mes danseurs pour la création chorégraphique de l’Homme à tête de chou à partir de l’album de Serge Gainsbourg. Si la maladie a empêché Alain Bashung d’être présent aux répétitions, elle lui a laissé le temps d’enregistrer l’album. Pour « se tester » disait-il, pour « voir s’il était capable de chanter du Gainsbourg ». Jusqu’au bout, il a souhaité que le projet se fasse. De son lit d’hôpital, il travaillait encore à réunir les meilleurs musiciens. Puis l’aventure humaine s’est arrêtée là. L’aventure artistique s’est poursuivie. Bashung, absent, nous a accompagnés dans une longue et belle tournée, son souffle guidant chacun de nos gestes. On connait mon attachement à la notion de répertoire chorégraphique, de transmission et de reprise afin que les œuvres scéniques éphémères continuent à travailler le temps et à être travaillées par lui. Reprendre l’Homme à tête de chou en avril 2019 au Printemps de Bourges s’inscrit dans cette démarche, augmentée de l’émotion due à l’histoire particulière de ce spectacle.
L’Homme à tête de chou devient ainsi le troisième volet de mon triptyque sur le rock après My Rock et My Ladies Rock, par lequel je clos ma recherche sur les émois musicaux de mon adolescence et sur les musiciens qui ont formé ma sensibilité artistique.
À la création, en 2009, l’Homme à tête de chou a été perçu comme un objet singulier, parce qu’il tentait de « tremper » la danse contemporaine dans l’univers de la chanson. Ce que Jean-Michel Ribes, au Théâtre du Rond-Point, a bien compris en nous invitant alors à présenter la pièce dans un théâtre qui n’avait encore jamais reçu de spectacle de danse, en nous réinvitant cette saison.
Aujourd’hui, la pièce n’est évidemment ni tout à fait la même ni tout a fait une autre. Qu’est-elle alors ? Une pièce neuve, en ceci que c’est le vivant, la vibration du vivant (celle des danseurs, en grande partie différents de ceux de la création) qui lui donnera son caractère. Que le chorégraphe le veuille ou non, qu’il ait la volonté ou non de la modifier, c’est la pièce elle-même qui proposera ses propres vibrations, un peu les mêmes, un peu autres. Une chorégraphie « pousse » comme une plante, dans la droite ligne de ce qu’elle était, ou non, avec des rameaux nouveaux, nombreux. Ou non.
En répétition, naitront évidemment des désirs nouveaux, des envies de lumières, de costumes, d’images ; à ce sujet, nous interrogerons la pièce, elle saura nous répondre.
Aujourd’hui, je me livre à une écoute : ce que nous disent encore Serge Gainsbourg et Alain Bashung en 2019, ces « icônes iconoclastes » dont on constate chaque jour qu’il est décidément difficile de vivre sans.
J.-C. G. – avril 2018