Du 7 Avril au 18 Avril 2024

Liberté Cathédrale / Boris Charmatz
Danse & Cirque


  • Paris
Partagez :   | | | | |
Liberté Cathédrale / Boris Charmatz

« Ce qui se passe en ce moment, entre les danseurs du Tanztheater Wuppertal et moi, entre l’église brutaliste de Neviges Mariendom et nous, entre les grandes orgues jouées à tue-tête et nos corps, tient du rapprochement. Nous travaillons à la liberté d’imaginer des choses qui n’existeraient pas si tous ces « corps » ne se précipitaient les uns sur les autres: les danseurs du Tanztheater Wuppertal précipités sur d’autres danseurs avec lesquels j’ai déjà travaillé, précipités dans l’idée que chacun se fait de la liberté et de la cathédrale, et toutes ces sensations individuelles précipitées dans une chorégraphie que nous dessinons ensemble. Pour l’instant, il y a une sorte de canevas dans ma tête. Les danseurs se jettent dedans et cela devient plus grand, plus vivant. Cela « prend corps ». J’ai la sensation qu’il faut vraiment être « tout ce monde », avec toutes ces sensibilités rassemblées, pour que la pièce advienne.

Je n’écris rien, je laisse résonner nos voix, les cloches, les silences. Les silences. Ce n’était pas vraiment prévu au départ, de faire silence. Pourtant… ce silence plein qui pousse tant de gens à passer la porte des églises et des temples, le silence qui nous happe à la lecture de témoignages de victimes de prêtres pédophiles, le silence de toutes les minutes de silence, nous cherchons encore comment en chorégraphier un bout. On entre dans les églises parfois juste pour vouloir s’échapper? S’échapper ou se retrouver? Le silence bruissant des lieux transforme toute action en chorégraphie. Je me souviens, je suis allé voir Die grosse Stille, Le Grand Silence, un film allemand sur les moines de la Grande Chartreuse, ce monastère français en montagne. Leurs actions, en silence, deviennent chorégraphie étrange. Ils passent la semaine sans échanger un mot, mais ensuite on les voit rire et faire du toboggan en soutane dans la neige.

Un peu de silence dans Liberté Cathédrale… et beaucoup de musique, de son qui nous traverse, transperce. Les cloches, les grandes orgues, et même les chants dans les architectures résonnantes des églises percent les corps et l’air. Même les villes alentour vibrent : les vitraux, les élancements de pierre, les cloches « sortent » de l’église. Parfois, il faut s’accrocher à une idée instinctive : que le chaos de la volée de cloche est un grand morceau de musique à danser. Qu’il y a une sorte d’assemblée contemporaine qui pourrait se chorégraphier sur de l’orgue joué fortissimo. Que liberté et cathédrale peuvent se conjuguer. »

Boris Charmatz 

 

Tournée :

  • 8 au 16 septembre à Wuppertal – création mondiale
  • 22 au 24 septembre à la Biennale de la Danse de Lyon – création française
  • 14 au 19 décembre à l’Opéra de Lille
  • 7 au 18 avril au Théâtre du Châtelet – Paris