Giacomo Puccini choisit le sujet de son sixième opéra après avoir assisté à une représentation de Madame Butterfly : A Tragedy of Japan, un drame en un acte de David Belasco, joué à Londres en juin 1900. Ce n’était pas la première fois que le compositeur et ses deux librettistes Luigi Illica et Giuseppe Giacosa s’inspiraient de la littérature de leur époque – on pense à Tosca de Victorien Sardou par exemple – et, cette fois encore, ce sera en 1904 la naissance d’un chef-d’oeuvre. L’opéra qui presque chaque saison est le plus joué au monde, est celui de l’histoire d’une geisha qui renie tout pour l’amour d’un marin américain de passage. Si ça n’avait été qu’un amour passager, plutôt !
Et si ce qu’on voyait n’était qu’une infime partie du tout ? Que chaque pièce du puzzle n’avait de sens qu’avec toutes les autres ? Que ce qui apparaît entier et linéaire n’était qu’un fragment de la tapisserie et qu’on ne distinguait pas la figure dans la tapisserie avant que 120 ans ne soient passés depuis sa création ? Et que se serait-il passé si l’histoire avait été incarnée par un fils, comme le fils né par accident de l’alliance de la geisha Cio-Cio-San et du marine B.F. Pinkerton, pris dans un temps autre que celui de leurs parents, jeunes et passionnés, pris dans leurs paradoxes quotidiens de décisions qu’ils ne savent pas cruciales, s’aimant mais incapables de prévoir les conséquences de leurs actes et construisant ainsi l’épigénétique des générations à venir ? Et pourquoi d’ailleurs s’ils n’étaient que les figurants et non les protagonistes de leur histoire – une histoire coloniale pour le coup ?
La metteure en scène Barbora Horáková fait ses premiers pas sur la scène romande avec cette histoire d’une Madame Butterfly tout en filigrane, accompagnée à la vidéo par la photographe et réalisatrice Diana Markosian – qui avait illustré la saison 2024-2025 pour le Grand Théâtre. Elles livreront une double narration, intergénérationnelle et intercontinentale de l’histoire de Cio-Cio-San, aux prises entre les traditions et ses propres attentes, dans les pages les plus sentimentales écrites par le compositeur. On retrouve notre spécialiste préféré du répertoire italien Antonino Fogliani qui dirigera une distribution d’exception, à commencer par Corinne Winters dans le rôle principal, que l’on connaît sur nos planches par ses interprétations inoubliables de Jenůfa et Kat’a Kabanova et qui est aujourd’hui une star mondiale, aux côtés de son compatriote Stephen Costello, au ténor puissant et élégant dans le rôle du maladroit soldat américain Benjamin Franklin Pinkerton.
Livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, créé le 17 février 1904 à la Scala de Milan. Dernière fois au GTG en 2012-2013
Distribution
Antonino Fogliani direction musicale,
Barbora Horáková mise en scène,
Wolfgang Menardi scénographie
Eva-Maria Van Acker costumes,
Felice Ross lumières,
Diana Markosian création vidéo,
Mark Biggins direction des chœurs,
Chœur du Grand Théâtre de Genève, Orchestre de la Suisse Romande
Corinne Winters Cio-Cio-San (23, 26, 28, 30 avril, 3 mai), Heather Engebretson Cio-Cio-San (25, 29 avril, 2 mai), Stephen Costello Benjamin Franklin Pinkerton (23, 25, 26, 28, 30 avril, 2, 3 mai), Arnold Rutkowski Benjamin Franklin Pinkerton (29 avril), Andrey Zhilikhovsky Sharpless, Kai Rüütel-Pajula Suzuki, Denzil Delaere Goro, Mark Kurmanbayev Lo zio Bonzo, Charlotte Bozzi Kate Pinkerton, Vladimir Kazakov Yamadori
Durée : approx. 3h avec un entracte inclus. Chanté en italien avec surtitres en français et anglais
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